La Porte du Diable (Saint-Julien-en-Vercors)
Un après-midi avec Mini1 sur la boucle de la Porte du Diable, depuis Saint-Julien-en-Vercors : une rando douce en forêt, après plusieurs jours de pluie, et un passage en bord de falaise pour le grand frisson.
Il y a des séjours où la météo décide à votre place. Le nôtre, dans un superbe chalet de Saint-Julien-en-Vercors, avait commencé sous une pluie tenace, de celles qui s’installent et qui transforment chaque sortie en négociation. Quatre jours sur place, et le ciel qui s’entête.

Et puis, un après-midi, une accalmie. Pas un grand soleil triomphant, non, juste une trêve, ce moment où les nuages se desserrent assez pour qu’on ose enfiler ses chaussures. Mélissa et Mini2 ont voté pour le canapé et la cheminée, et je les comprends : il y a un vrai bonheur à rester au chaud à regarder le feu. Mais Mini1, du haut de ses treize ans, avait la même envie que moi. Alors on a saisi la fenêtre, tous les deux.
Direction la Porte du Diable, une petite boucle qui part de l’église du village. Sur le papier, presque rien : 6,7 kilomètres, 170 mètres de dénivelé, à peine deux heures de marche. Le genre de sortie qu’on prend pour une formalité, et qui réserve pourtant son lot d’émerveillement.

Dès les premiers pas, le sous-bois nous a accueillis. Et là, surprise : après plusieurs jours de pluie, la forêt était somptueuse. La terre exhalait cette odeur profonde d’humus mouillé, les mousses débordaient de vert, et chaque feuille semblait avoir été lavée de frais. Le sentier, presque plat la plupart du temps, déroulait son tapis tranquille sous les arbres. On marchait sans effort, en discutant, ce rythme paisible où la conversation vient toute seule et où le temps n’a plus vraiment d’importance.

Je dois bien l’avouer : je craignais le terrain. Toutes les fiches de cette rando le répètent, mieux vaut éviter par temps de pluie, à cause des passages en bord de falaise. Mais l’accalmie tenait bon, et avec des pieds déjà habitués à la montagne, rien d’inquiétant. « Des pieds alpins », comme on dit chez nous.

Puis la forêt s’est ouverte, et le décor a basculé. Le sentier nous a menés vers la falaise, où il fallait d’abord descendre avant de remonter. Ce passage-là, je ne l’attendais pas si beau. Le vide d’un côté, la roche de l’autre, et devant nous une vue à couper le souffle sur les reliefs du Vercors. Impressionnant, sans jamais être dangereux pour qui regarde où il met les pieds. Mini1 avançait là où, quelques années plus tôt, je l’aurais tenu par la main, et c’est précisément ce genre de petit basculement qui vous serre le cœur d’un père.


La Porte du Diable elle-même, cette arche de pierre qui donne son nom à la boucle, n’a pas opposé grande résistance. On met un peu les mains, on s’amuse du passage, et on continue. Pour Mini1, c’était presque un jeu.
Le retour s’est fait dans la même douceur de sous-bois, avec cette satisfaction tranquille d’avoir volé un bel après-midi à un ciel récalcitrant. De retour au chalet, le feu crépitait, Mélissa et Mini2 n’avaient pas bougé, et c’était parfait ainsi. Chacun sa montagne : la leur était de braises, la nôtre de mousse et de falaise.
Ce sont des sorties comme celle-là que je préfère, au fond. Pas un sommet, pas un exploit. Juste deux heures partagées avec mon grand, une fenêtre de météo et une forêt qui sent bon la pluie. Treize ans, ça file vite. Autant marcher pendant qu’il en a encore envie.