Le pas de l'Infernet : trois jours sur le plateau d'Ambel avec les garçons
Trois jours et deux nuits sur le plateau d'Ambel, décidés deux heures avant de partir. Une montée express sous les gouttes jusqu'au refuge d'Ambel, une nuit à l'intérieur pour la première fois, puis la grande traversée du plateau plein est avec neuf litres d'eau sur le dos jusqu'au pas de l'Infernet, et un bivouac au pâturage de Tubanet. Notre premier vrai trek à trois, et un cap franchi.
Ce week-end-là, l’objectif était clair depuis un moment : le pas de l’Infernet. Tout à l’autre bout du plateau d’Ambel, à l’opposé de nos habitudes. Le programme était calé : une grosse journée le samedi, un bivouac au refuge de Tubanet, et un retour le dimanche matin.
Ce qui n’était pas prévu, en revanche, c’est la nuit du vendredi. Le 21 août 2026, en fin d’après-midi, on se dit qu’on pourrait s’offrir une nuit de montagne de plus : au lieu de monter samedi matin, on part le soir même faire l’approche. Décision prise deux heures avant de partir, sacs dans le coffre, direction le Vercors. Et voilà comment un bivouac de week-end devient un vrai trek de trois jours.
Jour 1 : Tourniol, la Louvaterre et la course contre l’averse
D’habitude, on attaque Ambel par le col de la Bataille et le superbe sentier en balcon sous le Roc de Toulau. C’est mon préféré, je l’ai déjà raconté ici. Mais ce vendredi soir, le ciel est très couvert, quasiment menaçant, sans orage annoncé, mais avec une vraie promesse de flotte.
Alors changement d’habitude : on part du col de Tourniol, à 1 142 mètres. Plus bas en altitude, plus court, plus direct. Deux kilomètres, cent mètres de dénivelé, et l’affaire est pliée. Au col, il y a même un petit refuge, le Gardiol, posé là en bord de route.
On démarre à 18h50 et on file par la combe de la Louvaterre. Montée express, et les premières gouttes nous rattrapent sur la fin. On accélère. On arrive au refuge de la ferme d’Ambel (1 222 m) juste à temps : la grosse averse tombe pendant qu’on est déjà à l’abri. Timing parfait, un peu par chance.

Une première : dormir dans le refuge
Au départ, on avait imaginé planter les tentes, par habitude. Mais la météo a mis tout le monde d’accord, le refuge est quasiment vide (un seul autre randonneur, qui dormira au rez-de-chaussée), et l’envie de vivre l’expérience l’emporte. On monte au dortoir du haut, rien que pour nous trois.
Et honnêtement, tout le monde a apprécié la logistique : pas de montage, pas de manip, on pose les affaires et c’est réglé. Repas du soir tout simple : des croque-monsieur préparés juste avant le départ, encore tièdes. Le luxe.

Le confort s’arrête un peu là, ceci dit. On sort d’un été caniculaire sans fin, le refuge est en pierre et il a eu tout le temps d’emmagasiner la chaleur. Résultat : il fait bien trop chaud là-haut. J’ouvre la fenêtre vers 2 heures du matin, ce qui nous offre un peu de fraîcheur pour la fin de nuit, mais on aura vu passer toutes les heures. Nuit au sec, mais très hachée pour tous les trois.
Jour 2 : neuf litres d’eau sur le dos

Samedi matin, 8h48, on repart. Et avant tout, on fait le plein à la source du refuge, parce que c’est le dernier point d’eau : au-delà, sur tout le plateau, il n’y a plus rien.

Alors on charge. Mini1 porte 4 litres en plus de ses gourdes, et moi 5 litres. De quoi cuisiner le soir, boire sans se restreindre, et avoir encore de l’eau pour le dimanche matin. Les sacs sont lourds, il n’y a pas d’autre mot, et on va les porter toute la journée, pas question de faire un dépôt quelque part.


On redescend d’abord vers Le Vernâtre, puis on attaque la grande traversée du plateau, plein est. C’est long, roulant, très beau. Vers 10 heures, on arrive au refuge de Tubanet (1 331 m) : pause, on boit un coup, on mange un morceau, et on repart.


La suite grimpe pour de bon. Pierre de l’Ours (1 410 m), puis le pas de la Ferrière (1 456 m), et enfin la longue montée régulière sur la crête vers le pas de la Douille (1 621 m).



Toute cette montée se fait sous un ciel bien nuageux. Et puis, en cinq minutes, le temps tourne et le ciel devient bleu. Parfait.



Le pique-nique et le pas de l’Infernet
Un peu avant le pas, on cherche un coin pour manger. Le vent est très fort, et on finit par dénicher un spot parfaitement abrité, avec une vue à couper le souffle sur les falaises de Font d’Urle au loin. Une bonne demi-heure de pause, vers 12h30, à ne rien faire d’autre que regarder.


Puis c’est le pas de l’Infernet, l’objectif du week-end. On monte à 1 658 mètres et on bascule dans le pas. De là, on aperçoit notre spot de midi vu d’en haut, la même vue immense sur Font d’Urle, le sommet de l’Infernet (1 698 m) juste au-dessus, et toute la ligne des sommets du Vercors avec le Grand Veymont en majesté tout au fond.


Mais le vent, ici, est très fort et froid. On ne s’attarde pas. On profite, on regarde bien, et on rebascule rapidement pour redescendre vers le refuge.

L’après-midi le plus tranquille du monde
Retour à Tubanet vers 15 heures. Et là, une longue attente commence, volontairement. On ne monte pas les tentes avant 18 heures : c’est la règle du bivouac, on n’est pas dans un camping.
Alors on profite du refuge au calme. Je m’offre le luxe d’une bonne sieste pendant que les garçons s’accordent une séance de… jeu vidéo sur le smartphone. Oui, ok, on est en montagne. Mais honnêtement, ils l’avaient bien mérité. On boit, on mange, on se repose, j’avance mon bouquin. Bref, on chille en montagne.
En fin d’après-midi, pas mal de monde passe au refuge : par curiosité, pour une pause goûter, ou pour utiliser les toilettes sèches. Puis débarque un groupe de près d’une dizaine de jeunes hommes, à qui je montre le dortoir. Ils n’ont visiblement pas beaucoup l’habitude de la montagne, et ont manifestement prévu de boire plus que de raison. Bruyamment.
On n’a pas regretté d’avoir la tente, plantée un peu plus loin.

Au dîner, des pâtes au saumon lyophilisées. Les meilleures du monde, comme toujours en montagne. On mange dans le refuge, à la lueur des bougies, et on profite de la soirée. Enfin, façon de parler : à 21h40, on était dans les duvets.
Et cette fois, la nuit a été ultra fraîche et d’excellente qualité : 7h30 de sommeil de mon côté, plus de 8h30 pour les garçons. Tout le monde avec la même impression de dormir sur le matelas le plus doux du monde. La fatigue a quelques vertus.
Jour 3 : le retour au plus court
Dimanche matin, départ de Tubanet à 8h11. Le programme est simple et il était prévu comme ça depuis le début : boucler, au plus court et au plus efficace.

On retraverse le plateau vers l’ouest, et arrivés au Vernâtre on ne repasse pas par le refuge d’Ambel : on bifurque plein nord pour redescendre directement par la combe de la Louvaterre. Quatre kilomètres, presque tout en descente, et on est à la voiture au col de Tourniol à 9h37. Week-end plié avant l’heure du café.

Un cap franchi
Dix-huit kilomètres et huit cents mètres de dénivelé, ce n’est pas énorme sur le papier. Mais c’était notre premier vrai trek à trois : deux nuits dehors d’affilée, deux formules différentes (le refuge puis la tente), et surtout deux jours à porter lourd, l’eau comprise.
Et ça a marché. Tellement bien que ça donne envie d’envisager des itinérances plus longues pour l’été prochain.
Un détail qui compte, pour les parents qui liraient ça : Mini2 a emprunté le sac de Madame pour l’occasion, bien plus confortable que celui qu’il utilise d’habitude. Ça a tout changé pour lui. Sur deux jours de portage, le sac ne fait pas partie des détails.
Les traces
- Jour 1, col de Tourniol → refuge d’Ambel : 2 km, +102 m (trace Strava)
- Jour 2, Ambel → pas de l’Infernet → Tubanet : 12,2 km, +636 m (trace Strava)
- Jour 3, Tubanet → col de Tourniol : 4,3 km, +60 m (trace Strava)