Le sentier des Vautours d'Archiane : une trentaine de rapaces au-dessus du cirque
Quatrième jour dans le Haut Diois, direction le cirque d'Archiane et son sentier de découverte. Six kilomètres en boucle, presque quatre cents mètres de dénivelé, un belvédère face aux falaises et, tout en haut, une trentaine de vautours qui tournoient au-dessus du cirque. Les garçons ont monté à un rythme qui n'avait rien de contemplatif, et le socle de la longue-vue de Pédane nous attendait sans sa longue-vue.
Après la sortie tranquille de la veille au vallon de Combeau, calibrée pour que tout le monde marche ensemble, ce jeudi 13 août on repart en configuration réduite : les garçons et moi. Et cette fois, le programme a un nom qui suffit à les motiver : le sentier des Vautours.
Direction Archiane, à Treschenu-Creyers. Départ du parking à 9h22, vers 770 mètres.

Le bout du monde du Vercors
Le cirque d’Archiane, c’est une de ces adresses qu’on n’oublie pas quand on l’a vue une fois. Un hameau minuscule posé au fond d’une vallée qui se referme, et tout autour des falaises de quatre cents mètres qui montent d’un coup, en amphithéâtre. On est ici à l’extrémité sud du massif du Vercors, sur son versant drômois, et le mot « cirque » n’a rien d’exagéré.
C’est aussi une zone à rapaces, et pas par hasard. Ces parois offrent exactement ce que cherchent les grands planeurs : des vires inaccessibles pour nicher, et des courants ascendants qui montent le long de la roche chauffée par le soleil.

Un sentier de découverte, monté comme une course
L’itinéraire est balisé, bien documenté, et annoncé sur les fiches officielles à 5,96 km, 360 mètres de dénivelé et 2h30 de marche tranquille. Le tracé est simple : on rejoint le hameau par la route, on prend le sentier au nord-ouest, il se resserre progressivement jusqu’au croisement de L’Aubaise (1005 m), puis on part à droite vers le Belvédère (1070 m) avant de rejoindre le croisement de Pédane (1125 m), et on redescend sur Archiane par la piste.
Ça, c’est la théorie. En pratique, les garçons ont dépoté.

Trois kilomètres de montée à 11 % de pente moyenne, avalés d’une traite, à un rythme régulier et franchement soutenu. Ma fréquence cardiaque est montée à 178 en pointe, ce qui vous donne une idée de l’allure qu’ils ont tenue. Ils n’étaient visiblement pas là pour compter les papillons.
Il y a quelque chose de très plaisant à voir ses enfants donner le rythme et le tenir jusqu’en haut, sans qu’on ait à les relancer une seule fois.
Le belvédère : le cirque en entier
Premier vrai arrêt au belvédère, et il justifie à lui seul la montée. De là, on a le cirque d’Archiane en entier, avec les falaises en face, cette muraille continue qui ferme la vallée et qu’on découvre enfin à sa vraie échelle. Vu d’en bas, on devine. Vu d’ici, on comprend.
C’est le genre de point de vue où on n’a rien à expliquer aux enfants : ils s’arrêtent d’eux-mêmes.


Pédane, et le socle sans longue-vue
On poursuit jusqu’au croisement de Pédane, notre point haut à 1122 mètres. C’est ici que les fiches promettent le clou du spectacle : une longue-vue installée à quelques mètres du sentier, braquée sur les falaises et les aires de nidification, pour observer les oiseaux au nid.
On l’a cherchée. On a trouvé le socle, bien en place. Mais de longue-vue, aucune trace.
Démontée pour l’hiver et jamais remise ? Volée ? En réparation ? Aucune idée. Le seul commentaire disponible, c’est celui des garçons devant un pied de longue-vue tout seul au milieu de la montagne, et je vous laisse l’imaginer.
Petit conseil, donc, si vous montez là avec l’idée d’observer les vautours au nid : prenez vos propres jumelles. Ne comptez pas sur le matériel du site, il n’était pas au rendez-vous en cette mi-août.

Et pourtant : une trentaine de vautours
Sauf que la montagne a compensé toute seule, et largement.
Parce qu’en levant simplement la tête, on les avait. Une trentaine de vautours, au bas mot, tournoyant tout en haut au-dessus du cirque. Pas un ou deux oiseaux qu’on cherche à identifier péniblement à la limite du visible : une véritable colonne, très haut dans le ciel, qui montait en spirale dans les ascendances et tournait au-dessus des falaises.
C’est un spectacle qui n’a besoin d’aucun équipement, d’aucun commentaire et d’aucune longue-vue. Juste de se taire et de regarder en l’air. Trente oiseaux de près de deux mètres et demi d’envergure qui exploitent les mêmes courants d’air au même endroit, ça calme n’importe quel marcheur pressé, y compris ceux qui viennent de monter trois cents mètres en mode compétition.
La descente, moins glorieuse
Le retour se fait par le sentier qui plonge depuis Pédane, et là, il faut être honnête : c’est raide. Bien raide même, sur un sentier caillouteux pas hyper agréable, du genre où on pose les pieds avec attention et où les cuisses travaillent en freinage sur toute la longueur. Ma trace donne une pente moyenne de -12,5 % sur les deux derniers kilomètres et demi.
Mais bon, c’est la montagne. On ne va pas se plaindre.
Retour à la voiture après moins de deux heures pour 6,2 kilomètres et 384 mètres de dénivelé, là où la fiche officielle annonce 2h30. Le bon rythme des garçons, encore une fois.
En pratique
- Départ : parking gratuit d’Archiane, commune de Treschenu-Creyers. On rejoint le hameau à pied par la route.
- Balisage : GR blanc et rouge, puis balisage PNR Vercors vert et jaune.
- Prévoir des jumelles, la longue-vue de Pédane n’était pas en place cet été.
- Fréquentation : le site est réputé très fréquenté les week-ends et pendant les vacances scolaires. Partir tôt reste la meilleure stratégie, comme partout dans le coin en août.
- Chaussures qui tiennent pour la descente, plus exigeante que la montée.
Six kilomètres, deux heures, et deux garçons qui ont donné un sacré rythme du début à la fin. Mais ce qu’on retiendra de ce matin-là, ce n’est ni le chrono ni le socle vide de la longue-vue : c’est trente vautours en train de tourner tout là-haut, au-dessus du cirque.