Premier trail avec Mini 1 : les Sucettes de Borne
Une semaine en chalet perdu dans le Haut Diois, et une demande que Mini 1 me répétait depuis un moment : venir faire une sortie trail avec moi. Ce lundi matin d'août, on est allés découvrir les Sucettes de Borne, ces rochers effilés dressés au-dessus de Glandage. Montée en marchant le long du ruisseau, descente courue d'une traite en papotant. Sa première, et clairement pas la dernière.
Cette semaine-là, on avait posé les sacs dans un beau chalet perdu dans le Haut Diois. Le genre d’endroit où on se réveille sans bruit de voiture, où on tire les rideaux sur la montagne, et où l’envie de sortir marcher arrive avant le café.
Sauf que cette fois, il y avait une demande en attente. Depuis un moment déjà, Mini 1 me réclamait une sortie trail. Pas une rando, pas une balade : du trail, avec papa, comme celles que je vais faire tout seul le matin. Et ce lundi 10 août, on a enfin dit oui.
Une sortie qu’on nous avait recommandée
Le but du jour, on savait déjà qu’il valait le détour : les Sucettes de Borne, au départ du hameau de Borne, sur la commune de Glandage. C’est une sortie qu’on nous avait recommandée, et l’envie de la faire est remontée en cours de semaine. On est là à l’extrémité sud du Parc naturel régional du Vercors, tout au bout du massif, dans un secteur que ni lui ni moi ne connaissions. C’est peut-être ce qui rendait la chose encore plus tentante : une découverte pour tous les deux, à deux pas du chalet, sur un format court et raisonnable pour une première.
On se gare au hameau, vers 933 mètres d’altitude, et on démarre à 9h22. La température est parfaite : ni chaud ni froid, cet équilibre du matin d’août en montagne où l’air est encore frais mais où le soleil commence à chauffer les pierres. Idéal pour se lancer.
Le sentier qui remonte le ruisseau
Le début du chemin, c’est peut-être ce qu’on a préféré tous les deux. Le sentier remonte le ruisseau de Puscle, qu’il traverse et retraverse au fil de la montée. De l’eau, de l’ombre, une petite gorge fraîche : on est loin de l’image sèche qu’on se fait parfois du Diois en plein mois d’août.
Le détail qui a beaucoup amusé Mini 1 : les passerelles sont détruites. Il reste des morceaux, des appuis, des planches en vrac, mais plus de traversée en bonne et due forme. Rien de compliqué en réalité, on passe sans difficulté au-dessus du ruisseau, il suffit de poser les pieds au bon endroit. Et franchir le ruisseau par ses propres moyens plutôt que sur une passerelle bien propre, ça n’a rien d’un contretemps : c’est même tout l’intérêt du passage.
Au pied des Sucettes

On monte tranquillement, à pied. C’était le contrat de départ : la montée, on la marche. Pas de chrono, pas de démonstration, on garde du jus et on discute. Environ 250 mètres de dénivelé plus haut, le sentier nous amène au pied des Sucettes, jusqu’au carrefour du Gué, à 1 160 mètres.
Là, le panneau donne le vertige d’une autre manière : Piégu à 20 minutes, le col de la Péyère à 30, le col Lachau, le col de Jiboui, Grimone… et le balisage de la Grande Traversée du Vercors qui passe par là. On est bien au bout du massif, à un carrefour de grands itinéraires. De quoi donner des idées pour plus tard, mais pas aujourd’hui : aujourd’hui, le but c’était les Sucettes, et elles sont là.

Et là, il faut lever la tête. Les Sucettes de Borne, ce sont de grandes colonnes de calcaire très effilées, dressées les unes à côté des autres sur moins d’un kilomètre de long. On les compare souvent aux demoiselles coiffées, mais sans le chapeau de pierre qui protège habituellement ces cheminées : ici, les fûts montent nus, sur plusieurs dizaines de mètres.
La plus fine de toutes est presque irréelle : une lame de calcaire plantée à la verticale, si mince qu’on se demande sincèrement comment elle tient encore debout, avec juste derrière la grande muraille rocheuse qui lui sert de décor.

Ce qui les a fabriquées, c’est une histoire de patience : des sédiments déposés il y a environ 135 millions d’années, au Barrémien, dont l’érosion n’a fini par conserver que les bancs de calcaire les plus durs, les marnes tendres ayant disparu autour. Autant dire que ce qu’on regarde, c’est ce qui a résisté. Certaines de ces colonnes sont d’ailleurs équipées pour l’escalade, ce qui donne une bonne échelle de leur hauteur quand on imagine quelqu’un dessus.
La descente, courue d’une traite
Puis on a fait demi-tour, et c’est là que la sortie est vraiment devenue sa sortie trail. On a couru toute la descente, du point haut jusqu’à la voiture, sans s’arrêter. Deux kilomètres et demi de chemin qui déroule, dans le bon sens.
Ce qui m’a le plus bluffé, ce n’est pas l’allure : c’est qu’on a papoté tout du long, y compris en courant. Il avait du souffle pour discuter, pour commenter, pour poser des questions. Aucune plainte, aucune difficulté particulière, juste le plaisir de dévaler un sentier avec son père et de voir défiler le ruisseau et les passerelles cassées dans l’autre sens.
Le seul à avoir un peu galéré, finalement, c’est moi : je n’avais pas spécialement prévu de courir, et je me suis retrouvé avec un sac à dos pas franchement adapté qui rebondissait dans mon dos à chaque foulée. Détail sans importance, mais je m’en suis souvenu à chaque virage.
Un peu plus d’une heure, et une porte qui s’ouvre
Au total : 5,7 kilomètres, 256 mètres de dénivelé positif, un peu plus d’une heure entre le départ et le retour à la voiture. Sur le papier, une toute petite sortie. Dans les faits, une première fois.
C’est exactement le format qu’il fallait pour ça : assez court pour rester un plaisir de bout en bout, assez engagé pour qu’il ait le sentiment d’avoir fait quelque chose de sérieux, et surtout un vrai but au bout du chemin. On marche la montée, on court la descente : la recette est simple, et elle fonctionne.
Il me demandait de venir depuis un moment. Maintenant qu’il a goûté, je crois surtout que je vais avoir du mal à repartir courir seul le matin.