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Récit 5 min de lecture Vercors

Le pas de l'Échelle : monter à Soubreroche avec les garçons

Au-dessus de Boulc, dans le Haut Diois, un sentier muletier grimpe droit dans la falaise pour rejoindre Soubreroche, hameau perché resté sans route jusqu'en 1987. Quatre kilomètres aller-retour, trois cents mètres de dénivelé, et au milieu le pas de l'Échelle : des lacets serrés portés par des murs en pierre sèche, avec le vide et une vue immense d'un côté. Une petite sortie du matin qui vaut largement des randonnées trois fois plus longues, terminée par un plongeon dans le Bez.

Le pas de l'Échelle : monter à Soubreroche avec les garçons

Deuxième jour de notre semaine dans le Haut Diois, et deuxième sortie. La veille, j’avais emmené Mini 1 courir aux Sucettes de Borne pour son premier trail. Ce mardi 11 août, on repart tous ensemble, les deux garçons cette fois, pour quelque chose de très court sur le papier mais qui allait devenir l’une des plus belles montées de nos vacances.

Et cette fois, pas besoin d’aller chercher loin : on était logés à Boulc, à cinq minutes du départ. Le sentier qui grimpe au hameau de Soubreroche partait pour ainsi dire de la porte. On se gare vers 768 mètres, on démarre à 9h30, et l’affaire est pliée en quatre kilomètres aller-retour pour trois cents mètres de dénivelé. Autant dire rien du tout. Sauf que sur ces quatre kilomètres, il y a le pas de l’Échelle.

Ça grimpe tout de suite

Pas d’échauffement, pas de faux plat pour se mettre en jambes : le sentier attaque raide dès les premiers mètres, dans la forêt. On monte à l’ombre, sur un chemin qui ne perd pas de temps, et les garçons comprennent vite que la matinée va se mériter. Trois cents mètres de dénivelé sur un kilomètre et demi, c’est le genre de pente où on parle un peu moins et où on souffle un peu plus.

C’est une bonne nouvelle en réalité : quand on part si tôt et qu’on grimpe sous les arbres, on encaisse la chaleur d’août sans vraiment la sentir. Et surtout, plus on monte, plus le sentier devient beau.

Le sentier muletier et ses murs de pierre

Parce qu’assez vite, la forêt s’ouvre et on débouche sur un magnifique sentier muletier. Ce n’est plus un chemin, c’est un ouvrage. Des murs en pierre sèche soutiennent la sente à flanc de falaise, les lacets sont très serrés, taillés au plus juste dans ce qu’offrait le rocher, et la trace se faufile là où on ne l’imaginerait pas passer.

Il faut se rappeler ce que représente ce chemin. Jusqu’en 1987, Soubreroche n’avait aucune route. Le hameau comptait une quarantaine d’habitants à la fin du XIXe siècle, et ce sentier était leur seule liaison quotidienne avec Boulc : pour l’école, pour le ravitaillement, pour tout. Chaque mur, chaque portion pavée qu’on a sous les pieds a été montée à la main pour que des gens puissent descendre au village et remonter le soir. On grimpe ça un mardi matin de vacances, en short, pour le plaisir. Ça remet les choses en place.

Le pas de l’Échelle, le cœur de la balade

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Et puis il y a le pas de l’Échelle, le passage qui franchit la barre rocheuse, et qui est vraiment le cœur de la sortie. Toute la fin de la montée se déroule là, accrochée à la falaise, avec le vide juste à côté et une vue absolument extraordinaire qui s’ouvre en grand dans le dos.

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C’est le genre d’endroit qui n’a pas besoin d’être long pour marquer : quelques centaines de mètres, des virages en épingle entre les parois, le regard qui plonge sur la vallée à chaque lacet, et cette impression permanente de passer par une porte dérobée dans la montagne. Si on ne devait retenir qu’une chose de cette rando, ce serait ce passage. Pas le sommet, pas le hameau : le pas.

Un mot sur ce qui pousse là, parce que ça vaut le coup de lever les yeux. Ces parois calcaires chaudes abritent le genévrier thurifère, une relique de l’ère quaternaire, rare et protégée, dont certains individus auraient plusieurs siècles. Et dans les combes, quelques hêtres vraiment remarquables par leur taille.

En haut : une table d’orientation, puis le hameau

À la sortie du pas, la pente lâche d’un coup. On débouche sur un replat, et il y a là un point de vue avec, de mémoire, une sorte de table d’orientation. Le moment idéal pour s’arrêter, souffler, et regarder ce qu’on vient de monter.

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Ensuite, ça devient beaucoup plus plat et le chemin file tranquillement jusqu’au hameau. Soubreroche est un joli petit endroit, posé sur son plateau rocheux au-dessus des gorges des Gâts, avec ses vieilles fermes en pierre. Il a l’air surtout occupé par des gîtes aujourd’hui, et on a vu quelques tentes montées, donc des gens y campent visiblement. La vue de là-haut est très belle.

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Honnêtement, c’est un beau but de balade, mais ce n’est pas lui la vedette. La vedette, elle est deux cents mètres plus bas, dans la falaise.

Le retour, et le Bez pour finir

On redescend par le même chemin, ce qui est loin d’être une punition : refaire le pas de l’Échelle dans l’autre sens, avec la vue en face de soi cette fois, c’est presque mieux qu’à la montée. Il faut juste poser les pieds correctement, les lacets sont serrés et la pente est franche.

Retour à la voiture après 1h30 en tout, pauses comprises, et il n’est même pas onze heures. Il restait donc largement de quoi faire ce qu’on fait de mieux en août : on est allés se jeter dans le Bez. Après trois cents mètres de dénivelé avalés dans la falaise, l’eau fraîche de la rivière n’a jamais aussi bien porté son nom de récompense.

Quatre kilomètres, une heure et demie, et pourtant les garçons en reparlaient encore le soir. C’est tout l’intérêt de ces petites sorties : ce n’est pas la distance qui fait le souvenir, c’est ce qu’il y a au milieu du chemin.

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